Kumazzz

"Le Monde" 10 February 2019 (No. 23043)

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2019/02/09/mika-a-l-ecole-j-etais-un-extraterrestre

Mika : « A l’école, j’étais un extraterrestre »

 

« Le Monde » interroge une personnalité en partant d’un moment décisif de son existence. Cette semaine, le chanteur raconte comment la musique s’est imposée dans sa vie, entre Beyrouth, Paris et Londres, mais toujours entouré des siens.

 

Auteur-compositeur et interprète d’une pop euphorisante, Mika a vendu plus de 10 millions de disques dans le monde depuis le succès de son premier album, Life in Cartoon Motion. Le chanteur libano-américain, âgé de 35 ans, sera de nouveau, à partir du 9 février, l’un des jurés de l’émission « The Voice », sur TF1, et s’apprête à sortir un cinquième album.

 

Je ne serais pas arrivé là si…

Si je n’avais pas été somnambule. La nuit, de mes 7 ans jusqu’au début de l’adolescence, je déplaçais les meubles de l’appartement. Je sortais même dans la rue sans que mes parents s’en aperçoivent. Une fois, les éboueurs m’ont ramené en pyjama et en chaussettes. Ma mère a fini par bloquer la porte de ma chambre. Ce somnambulisme, c’était de la magie dans mon quotidien. Ne pas tout contrôler, laisser l’inconscient me diriger sans penser aux conséquences, c’est comme ça que je suis devenu la personne et l’artiste que je suis. Etre inconscient, c’est indispensable à ma survie.

 

 

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Mika, à Paris, en novembre 2018. BENJAMIN DECOIN / BUREAU233

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:france: ORIGINAL

 

 

« Le Monde » interroge une personnalité en partant d’un moment décisif de son existence. Cette semaine, le chanteur raconte comment la musique s’est imposée dans sa vie, entre Beyrouth, Paris et Londres, mais toujours entouré des siens.

 

Auteur-compositeur et interprète d’une pop euphorisante, Mika a vendu plus de 10 millions de disques dans le monde depuis le succès de son premier album, Life in Cartoon Motion. Le chanteur libano-américain, âgé de 35 ans, sera de nouveau, à partir du 9 février, l’un des jurés de l’émission « The Voice », sur TF1, et s’apprête à sortir un cinquième album.

 

Je ne serais pas arrivé là si…

Si je n’avais pas été somnambule. La nuit, de mes 7 ans jusqu’au début de l’adolescence, je déplaçais les meubles de l’appartement. Je sortais même dans la rue sans que mes parents s’en aperçoivent. Une fois, les éboueurs m’ont ramené en pyjama et en chaussettes. Ma mère a fini par bloquer la porte de ma chambre. Ce somnambulisme, c’était de la magie dans mon quotidien. Ne pas tout contrôler, laisser l’inconscient me diriger sans penser aux conséquences, c’est comme ça que je suis devenu la personne et l’artiste que je suis. Etre inconscient, c’est indispensable à ma survie.

 

Avant d’être Mika, vous êtes né Michael Holbrook Penniman, en 1983, au Liban, dans une famille chrétienne maronite contrainte de se réfugier en France un an plus tard pour fuir la guerre…

La vie quotidienne à Beyrouth était devenue très difficile et dangereuse. Une nuit, la moitié de l’appartement avait été détruite par un bombardement. Ma mère est libano-syrienne mais mon père est américain, né à Jérusalem, élevé au Caire, à Washington, à Londres… Ils ont pu partir pour Chypre, puis ont choisi Paris. Il y avait un lien avec le Liban. Ma mère avait appris le français.

 

Quel souvenir gardez-vous de vos années parisiennes ?

Celui d’une enfance très joyeuse. On habitait dans le 16e arrondissement, square Lamartine, mon père avait un très bon job dans la finance, je fréquentais une petite école privée, le cours Victor-Hugo. A la maison, c’était Paris-Beyrouth. La nourriture était franco-arabe. Beaucoup de gens attendaient chez nous la fin de la guerre. Le temps était un peu suspendu. Ma mère confectionnait des habits pour enfants. Son atelier, c’était la salle à manger et le salon. Comme elle avait beaucoup de commandes des grands magasins, on entendait le bruit des machines à coudre même la nuit. On avait le droit de l’accompagner dans le Sentier choisir des tissus pour nos vêtements qu’elle faisait elle-même. Mes shorts, mes chemises, mes nœuds papillon étaient une manière de m’exprimer, de m’amuser. A Noël, on devait fabriquer nous-mêmes les cadeaux, et ne surtout pas les acheter – de toute façon, on n’avait pas d’argent de poche. Créer, c’était normal, c’était la vie. Et la musique faisait partie de ça.

 

Justement, comment ce goût pour la musique est-il né ?

J’avais des cours de piano avec des sœurs jumelles, un peu vieilles, qui mangeaient constamment des gâteaux. Elles s’asseyaient de chaque côté de moi, l’une s’occupait de la main droite, l’autre de la main gauche. Tout allait bien, je lisais la musique, je commençais à jouer… Et surtout, il y avait de la musique du matin au soir, dans cet appartement, où la vie était très intense. Ma mère, les couturières, tout le monde chantait sur Nina Simone, Bob Dylan, Joan Baez, Georges Moustaki, Jean Ferrat, Gainsbourg, les Rolling Stones, Fairouz, Oum Kalthoum… La musique est devenue pour moi une évidence. J’avais des mallettes remplies de cassettes que j’enregistrais, je me faisais des « playlists » classées par émotion et par couleur – parce que, la musique, je la « sentais » rouge ou verte. Quand les choses ont mal tourné, le volume de la musique a augmenté à la maison.

 

Qu’est-il arrivé ?

Mon père a été envoyé par sa banque en voyage d’affaires, au Koweït. Il s’est trouvé pris dans l’invasion du Koweït par Saddam Hussein, pendant la première guerre du Golfe, et a été retenu à l’ambassade américaine pendant huit mois. Nous n’avions pas de contact, juste un fax de temps en temps. La stabilité qu’on connaissait avec mes sœurs s’est alors écroulée. Quand mon père est revenu, barbu, amaigri, ses yeux étaient différents. On ne l’a plus appelé « papa » mais « Mike », je ne sais pas pourquoi. Après le traumatisme qu’il avait vécu, il a eu du mal, il a été licencié. On a tout perdu. J’ai appris à gérer les huissiers : quand ils sonnent, dire qu’il n’y a pas d’adultes à la maison, qu’on ne peut pas ouvrir parce qu’on ne les connaît pas. Mais à la quatrième visite, je les ai vus tout prendre chez nous, moi assis sur le canapé rouge. Je ne pardonnerai jamais à un système qui permet ça. Cette invasion dans ce qui est sacré, la maison. Cette punition injustifiée…

 

Comment ont réagi vos parents ?

Mon père était de plus en plus silencieux. Ma mère, extrêmement déterminée. Un soir, on s’est entassés dans la Toyota Previa et on est partis à Londres. On a atterri dans un bed & breakfast. C’était censé être pour deux semaines, on est restés deux ans. Quand mon père ne gagnait pas assez de sous, ma mère travaillait en cuisine.

 

A 8 ans, vous avez commencé à fréquenter les cours élémentaires du Lycée français de Londres. Et vous y avez été victime d’un harcèlement dont vous avez témoigné fin 2018, lors de la journée nationale contre ce fléau…

J’ai eu des problèmes parce que, d’un coup, je suis devenu dyslexique. J’ai oublié le solfège, et même comment lire et écrire. Parti ! Je parlais anglais avec un accent parisien. J’étais habillé avec mes shorts roses, mes salopettes à pois jaunes, mon nœud pap’ dans le même tissu. A Paris, on me prenait en photo quand j’accompagnais ma mère dans les défilés de mode. Là, j’étais un extraterrestre ! Une prof qui portait toujours un manteau violet et un petit chapeau noir m’a choisi, avec deux autres élèves, comme victimes de sa rage. Elle me faisait grimper sur une chaise et elle m’humiliait, me disant devant tout le monde que j’étais stupide, paresseux, que tout ce que je voulais c’était jouer – heureusement, je n’ai pas changé ! Elle écrivait d’atroces poèmes sur nous que les autres élèves devaient réciter. J’ai arrêté de parler, je voulais devenir invisible, ne plus être là. A la maison non plus, je ne parlais presque plus, je n’écoutais plus de musique. Mes parents ne comprenaient pas. Jusqu’à ce qu’un jour, en rapportant mon sac dans la classe, ma sœur Paloma entende la maîtresse me parler. Mon père est venu, a répété à l’enseignante les propos qu’elle m’avait tenus et elle s’est évanouie. J’ai été renvoyé par le directeur. Je suis rentré en sautillant et en chantant « La sorcière est morte ! » J’avais en tête l’image de la méchante sorcière du Magicien d’Oz qui fond à cause de l’eau.

 

Qu’avez-vous fait de vos journées pendant cette période où vous étiez déscolarisé ?

J’allais au parc avec trois dames, espagnole, libanaise, marocaine, qui passaient leur temps à la maison à boire du thé et à chanter. Ensuite, ma mère a fait venir un professeur de piano tout juste arrivé de Russie. Il parlait peu et sentait cette sueur qui arrive après des heures de piano. Quand il a réalisé que je ne pouvais pas lire les notes, son visage a changé. La semaine suivante, il a envoyé sa femme en remplacement. Une chanteuse d’opéra qui semblait sortir des années 1920, avec son col brodé haut. Elle était censée me donner des cours de piano mais elle n’en jouait pas vraiment. Elle a commencé à chanter la mélodie, j’ai chanté avec elle. Les mélodies se sont compliquées, c’est devenu du Schubert, du Brahms, du Britten.

Trois mois plus tard, j’avais mon premier job. A 9 ans, j’étais choriste à l’Opéra royal, dans Die Frau ohne Schatten, de Richard Strauss. Le théâtre ! Covent Garden ! Cette boîte géante magique, rouge, dorée, où l’on chante, où les gens ne travaillent pas dans une banque, ne vont pas à l’école, ils montent sur scène et la vie passe rapidement. J’ai décidé que c’était ce que je voulais faire.

 

Mais vous avez bien dû reprendre l’école, au bout de quelques mois ?

Oui parce que les enfants d’une petite école voisine de la maison me voyaient jouer tous les jours dans le jardin avec mes deux lapins, m’entendaient chanter. Ils sont allés se plaindre à leur directeur. C’était inacceptable que je ne fasse que jouer ! Le directeur m’a demandé d’épeler des mots, il a vu que j’avais beaucoup de problèmes. J’ai repris l’école, mais ma mère a négocié un arrangement, et j’ai bénéficié d’une grande tolérance pour continuer la musique.

 

Jeune homme, vous avez été admis au Royal College of Music. Comment êtes-vous finalement passé du chant lyrique à la pop music ?

Le Royal College, c’était un rêve. La cacophonie qui y régnait me faisait penser au salon de ma mère, à Paris. Mais j’ai compris que je n’étais pas aussi fort que les autres chanteurs lyriques. Je devais donc écrire mon propre matériau. Avec l’argent que je gagnais comme serveur, et l’aide des autres élèves, j’ai fait des maquettes de chansons pop. La voix sur Happy Ending, par exemple, c’est celle d’Ida Falk Winland, qui est devenue une grande chanteuse d’opéra. J’écrivais, j’écrivais, j’écrivais. J’ai commencé à enregistrer des chansons dès 11 ans. En échange de musiques que je créais pour la pub, je demandais des heures de studio d’enregistrement. Après, je faisais le tour des bureaux de Sony, d’EMI, de Warner, avec mon « ghetto-blaster » [radiocassette des années 1970-1980 célèbre pour sa taille démesurée]. Je passais mes chansons à la secrétaire, qui n’avait aucune idée de quoi en faire et m’envoyait vers une autre secrétaire, et je grimpais tous les étages comme ça. Il y avait toujours un moment où je recevais une lettre de refus du label, avec un logo à côté de mon nom. J’étais fier, j’existais !

 

Après tous ces refus, comment votre carrière a-t-elle pu démarrer ?

Comme personne ne voulait me signer, je suis revenu dans l’atelier principal : la maison. Ma mère m’a fait des habits, j’ai changé le « C » de Mica en « K » pour que ce soit plus fort, on a dessiné une pochette et un logo avec ma sœur Yasmine, on a pris des photos avec l’Olympus de ma mère, je me suis interviewé moi-même, on a mis tout ça dans une grosse boîte en carton noire, entourée d’un ruban rouge, comme si c’était un coffret collector de disque. Je l’ai envoyé aux majors. Ça n’a pas pris tout de suite. Mais le patron d’Universal en Angleterre a fini par me donner rendez-vous dans un hôtel. Il m’a demandé de me mettre au piano et de chanter. Une heure et demie après, il me faisait une offre. Mon premier single, Grace Kelly, est une chanson de rage contre tous ces gens de l’industrie musicale qui ne voulaient pas de moi.

 

Sorti en 2007, votre premier album, « Life in Cartoon Motion », se vend à 7 millions d’exemplaires dans le monde, dont plus de 1 million en France. Et vous vous retrouvez au Parc des Princes devant 50 000 spectateurs, en juillet 2008. Comment vivez-vous ce succès fulgurant ?

Je chante, je me fiche du reste.

Je continue à faire mon job de chanteur que j’ai commencé jeune, avec la même équipe, la famille et les amis.

J’ai moins peur au Parc des Princes qu’à l’opéra : là c’est ma propre musique, c’est une fête !

 

Votre dernier album, « No Place in Heaven » (disque de platine en France), date de 2015. Sortirez-vous votre cinquième album cette année ?

Oui. J’ai mis une année de plus que les fois précédentes à le confectionner. J’écris mes textes, mes musiques, je coproduis, réalise les posters avec ma sœur, tout est artisanal. L’industrie de la musique a beaucoup changé cette dernière décennie, avec les tendances urbaines. Plus que jamais, ce que je dois faire, c’est suivre mes envies, travailler dans la mélodie, raconter des histoires à ma manière, avec des images, des personnages, des couleurs. Des histoires de temps en temps féeriques, de temps en temps extrêmement sombres, sales, douloureuses…

Créer un monde dans lequel se perdre durant une heure trente.

 

Vous êtes l’un des jurés de l’émission « The Voice » depuis 2014. Que vous apporte la télévision ?

Cette manière de parler de musique me plaît, comme dans un pub quand on discute entre copains de ce qu’on écoute.

Ça m’intéresse, aussi, de développer le potentiel de quelqu’un pendant une période courte et intense. Si ce genre d’émission avait existé quand je cherchais à percer, ça aurait été une option.

Mais je ne suis pas sûr que je m’en serais bien sorti. Dans toutes les auditions que je passais, j’étais toujours parmi les premiers éjectés. Je suis assez nul pour interpréter les chansons des autres.

 

Votre grand-père maternel syrien a émigré aux Etats-Unis en 1918, vos parents sont venus avec vous du Liban…

Quel regard portez-vous sur le sort des réfugiés syriens qui tentent de gagner l’Europe ?

C’est l’histoire humaine la plus importante de notre temps. Voir que ces êtres humains sont réduits à des statistiques me dérange énormément. Je ne connais personne qui s’abstiendrait de tendre la main si quelqu’un se noyait devant lui. C’est pourtant ce que font les politiques avec leurs mots.

 

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:uk:

Translation by @crazyaboutmika

 

Each week "Le Monde" interviews a celebrity starting from a key moment of their lives. This week the singer explains how music became something obvious in his life, between Beirut, Paris and London, but always surrounded by his family and friends.

Singer-songwriter-composer of an euphoric pop music, Mika has sold more than 10 millions of records since the success of his first album, Life in Cartoon Motion. The Lebanese-American singer, who is 35 years old, will soon be again, starting on February 9th, one of the coaches of the show "The Voice", on TF1, and he's about to release a fifth album.

 

I would not be here if ...

If I had not be en sleepwalking. At night, from when I turned seven to the beginning of adolescence, I moved furniture in the apartment. I even went out on the street without my parents realizing it. Once, the garbage men brough t me back in pajamas and socks. My mother ended up blocking the door of my room. This somnambulism was magic in my daily life. Do not control everything, let the unconscious lead me without thinking about the consequences, that's how I became the person and the artist that I am. Being unconscious is essential to my survival.

 
Before you were Mika, you were born as Michael Holbrook Penniman, in 1983, in Lebanon, in a maronite christian family who was forced to flee a year later to run away from war.

Daily life in Beirut had become very difficult and dangerous. One night, half the apartment was destroyed by a bombing raid. My mother is Lebanese-Syrian but my father is American, born in Jerusalem, raised in Cairo, in Washington, in London...They were able to go to Cyprus, then they chose Paris. There was a link with Lebanon. My mother had learned French.

 

What memory do you keep of your Parisian years?

Celui d’une enfance très joyeuse.
The memory of a very joyful childhood. We lived in the 16th arrondissement, square Lamartine, my father had a very job in finance, I was going to a little private school called le cours Victor-Hugo. At home it was Paris-Beirut. The food was  nourriture était Franco-Arab. Many people were waiting for the end of the war at our place. Time was a bit suspended. My mother made children clothes.Her workshop was in the dining room and in the living room. As she had many orders in the big stores, you could hear the noise of the sewing machine even during the night.
 We were allowed to go with her in le Sentier to choose material for our clothes that she made herself. My shorts, my shirts, my bow ties were a way to express myself, to have fun. At Christmas, we had to make ourselves the presents, and we were forbidden to buy them  – anyway, we had no pocket money. Creating normal, it was life. And music was part of this.

 

So how did your taste for music develop?

I took piano lessons with twins sisters, who were a bit old, who were constantly eating cakes. One would sit on my right side and the other on my left side, one took care of my left hand and the other my right hand. Everything was going well. I was reading music, I was starting to play...and above all there was music all day long, in this apartment where life was very intense. My mother, the seamstresses, everyone sang along with Nina Simone, Bob Dylan, Joan Baez, Georges Moustaki, Jean Ferrat, Gainsbourg, The Rolling Stones, Fairouz, Oum Kalthoum… music became something obvious for me. I had cases filled with cassettes that I recorded, I made my "playlists" sorted out by par emotion and by color – because I "felt" music red or green. When things went wrong, the sound of the music was turned up in my house.

 

What happened?

My father was sent on a business trip to Kuweït by his bank. He got caught in the invasion of Koweït by Saddam Hussein, during the first gulf war, and he was held hostage in the American embassy during eight months. We had no way to be in touch,  just a fax once in a while. The stability we had known so far with my sisters collapsed.When my father came back with a beard and  Quand mon père est revenu, barbu, thinner, his eyes were different. We didn't call him "dad" any more but " Mike", I don't know why. After the trauma he had lived, it became difficult, he was fired. We lost everything. I learned how to deal with the bailiffs: when they ring, say that there are no adults in the house, that you can't open because you don't know them. But on their fourth visit, I saw them take everything, I was seated on the red couch. I will never forgive a system that allows that. This invasion in what is sacred, home. This is unjustified punishment...
 

How did your parents react?
My father was more and more silent. My mother, extremely determined. One night we crammed together in the Toyota Previa and we left for London. We ended up in bed & breakfast. It was supposed to last two weeks, we stayed for two years. When my father didn't earn enough money, my mother worked in a kitchen.

 

When you were 8, you started going to elementary school in the Lycée français in London.

And you became a victim of bullying as you explained at the end of 2018, during the national day against this plague...

I had problems because suddenly I became dyslexic. I forgot theory, and even how to read and write. It was gone!

I spoke English with a Parisian accent.

I was dressed with my pink shorts, my overalls with yellow polka dots, my bow tie in the same material. In Paris, people took pics of me when I was going to fashion shows with my mother. There I was an extra terrestrial!

A teacher who always wore a purple coat and a little black hat picked me, along with two other pupils, as a victim of her anger. She made me climb up on a chair and she humiliated me, saying in front of everyone that I was stupid, lazy, that all I wanted to to was playing – fortunately, I haven't changed! She wrote atrocious poems about us that the other pupils had to recite. I stopped talking, I wanted to become invisible, I didn't want to be there any more. At my house, it was the same, I barely talked any more, I didn't listen to music any more.

My parents didn't understand. Until one day, when she was bringing my schoolbag in my class, my sister  Paloma heard my teacher talk to me.

My father came, he repeated to the teacher the words she had said and she fainted. I was expelled from school by the headmaster. I walked back home jumping and singing "The witch is dead!" I had in my head the image of the bad witch of Oz who melts because of the water.


What did you do to keep busy while you were out of school?
I used to go to the park with three ladies, a Spanish one, a Lebanese one and a Moroccan one who spent time in my house drinking tea and singing. Then, my mother hired a piano teacher who had just arrived from Russia. He didn't speak much and he smelt that sweat that comes from several hours of playing the
piano. When he realized I couldn't read music, his expression changed. The following week he sent his wife to take over him. An opera singer who seemed out of the 20s, with her long embroidered collar. She was supposed to give me piano lessons but actually she didn't play the piano. She began singing melodies, I sang with her. The melodies became complicated, they turned into melodies by Schubert, by Brahms, by Britten.


Three months later, I had my first job. At the age of 9, I was a chorister at the Royal Opera, in Die Frau ohne Schatten, by Richard Strauss. The theater! Covent Garden ! This giant magical box, red and golden where people sing, where people don't work in a bank, where people don't go to school, they get on the stage and life goes by fast.I decided that was what I wanted to do.


But you had to go back to school, after a few months?

Yes because the children who were in a little school nearby my house saw me everyday play with my two rabbits and heard me sing. They complained to the headmaster. It was unacceptable that all I did was playing! The headmaster asked me to spell words and he realized I had lots of problems. I went back to school, but my mother made a deal, and I had a huge tolerance so as to go on with music.

 

As a young man you were admitted to the Royal College of Music. How did you finally go from lyrical to pop music?

Royal College was a dream. Its  cacophony reminded me of my mother's living room, in Paris. But I understood that I wasn't as strong as the other lyrical singers. So I had to write my own songs. With the money I made as a waiter, and with other students' help, I made pop songs demos. The voice on Happy Ending, for example, is Ida Falk Winland’s , who became a great  opera singer. I wrote and wrote and wrote. I started recording songs when I was 11 years old. I traded musics I made for commercials for hours in a recording studio. After, I used to go to Sony's , EMI's ,  Warner's offices with my “ghetto-blaster” [cassette and radio player in  the 70s-80s famous for its huge size]. I would play my songs to the   secretary, who had no idea what to do with them and would sent me to another secretary, and I climbed up the building that way. There was always a time when I would get a refusal from the label, with a logo by my name. I was proud, I existed!

After all these rejections, how could your career start?

Since no one wanted to sign me, I went back to the main workshop: my house. My mother made clothes for me, I changed the " C"  of Mica into " K" so it would be stronger, we drew a CD sleeve and a logo with my sister Yasmine, we took photos with my mother's Olympus , I interviewed myself, we put all that in a big black cardboard box, with a red ribbon around it, as if it were a CD collector.
I took it to the majors. It didn't work right away. But the boss of Universal in England ended up giving me an appointment in a hotel. He asked me to sit at the piano and to sing. My first single, Grace Kelly, is a raging song against all these people in the music industry who didn't want me.


Your first album "Life in Cartoon Motion" which was released in 2007 sold 7 millions copies all over  the world, among which more than 1 million in France.

And you find yourself in Parc des Princes in front of 50 000 people in July 2018. How do you react to this rapid success?

I sing, I don't care about the rest.

I still go on doing my singer job that I started at a young age with the same team, family and friends.

 I am less afraid in Parc des Princes than in opera: there it is my own music, it's a party!


Your latest album, "No Place in Heaven" (platinum album in France) was released in 2015. Will your fifth album be released this year?

Yes. It took me a year more than the others to create it. I write my lyrics, my melodies, I coproduce, make the artwork with my sister, all is handmade
 Music industry has changed a lot over this past decade, with the urban trends. More than ever, what I must do is follow my creativity, work with the melody, tell stories my way, with images, with characters, with colors. Stories sometimes like fairy tales, sometimes extremely dark, dirty, painful...

 Creating a world in which you can lose yourself during an hour and a half.


You have been of the judges in the show "The Voice" since 2014. What attracts you about TV?

I like that way of talking about music, as if you were in a pub talking with friends about what you're listening to.

I also find interesting to develop someone's potential over a short and intense period of time. If that type of show had existed when I was trying to break through it might have been an option.

But I'm not sure I would have made it. Each time I auditioned I was among the first ones to be rejected. I am rather bad at singing other people's songs.

 

Your Syrian grandfather on your mother's side moved to the United States in 1918, your parents moved from Lebanon with you.

What do you think about what's happening to the Syrian refugees who are trying to get to Europe?

It is the most important human story of our time. Seeing that human beings are reduced to statistics bothers me a lot. I don't know anyone who would not give their hand to grab if someone was drowning in front of them. Yet that is what politicians are doing with their words.

 

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